Lettre aux candidats

Il n’y a pas d’obligation à passer des grades, c’est une démarche volontaire qui peut accompagner notre progression dans la pratique avec l’avis du professeur et si on le souhaite.

Cela nous permet de formaliser notre avancée dans la maîtrise technique, notre ancienneté, et de nous situer par rapport aux autres.

Se situer dans la communauté des aïkidokas, mais plus particulièrement dans la micro-société du club.

Ces deux aspects étant relatifs, voire illusoires, sachant que la maîtrise technique peut être variable d’une situation à une autre et que toute une génération d’inscrits ne peut pas accéder aux mêmes grades en même temps.

Le niveau global d’un dan peut être atteint en cours au club avec des partenaires connus donc
un climat affectif favorable, et se déliter en situation de stress : démonstration, examen, stages,
uke inconnu et sous-entraînement.

Pour ce qui est du groupe des pratiquants, personne n’a les mêmes dispositions au départ,
citons en vrac : l’âge du début dans la pratique, le passé sportif, la disponibilité en temps, des dispositions en mémoire corporelle et/ou visuelle, les blessures, la condition physique générale, la capacité d’adaptation et de communication, la stabilité émotionnelle etc…

Il faut donc bien intégrer le fait que chacun avance à son rythme et qu’il peut y avoir des croisements de génération : quelqu’un ayant commencé plus tard que nous peut arriver à un certain niveau avant nous. Il ne faut pas considérer le nombre d’années mais le nombre d’heures pratiquées (stages compris) et là, les choses sont beaucoup plus claires.

Le respect entre les personnes ne doit pas être remis en question par ce fait, tout le monde chute avec tout le monde quel que soit le niveau, la forme même de l’entraînement régule les relations sociales dans le dojo.

L’étiquette (saluer, se concentrer, se respecter mutuellement) et l’absence d’objectifs sportif (gagner) et martial à court terme (détruire) dans la technique organise notre mode de communication, la pratique se fait en coopération dans l’entraide et le respect mutuel.

Notre place dans le groupe dépend plus du potentiel de sympathie, de bienveillance, de neutralité que du grade dan formel.

Ce mode de fonctionnement n’exclut pas la souffrance, tant physique que psychologique et les « accrochages » mais, encore une fois, il permet d’ajuster son comportement de loin en loin, c’est-à-dire de réguler la relation.

L’Aïkido est un espace pour soi, c’est un jardin secret à l’abri des pressions professionnelles et familiales et de leurs jugements ; il n’est pas nécessaire d’y ajouter la tension d’un examen : un examen sanctionne une formation. Il faut donc bien se préparer psychologiquement à recevoir une sanction et à être jugé.

Il n’est pas inconcevable de faire toute sa « carrière » avec un 1er kyu ou un 1er dan, le niveau formel n’empêche pas de vivre sa pratique et d’en tirer tous les bienfaits.

À mon sens, il ne faut pas trop d’investissement affectif, ne pas impliquer les proches, il faut se préparer comme pour présenter un exposé et s’attendre à ce que le jury ne valide pas ce travail du premier coup, dans ce cas c’est moins une sanction qu’une invitation à parfaire tel ou tel aspect.

Il faut se préparer avec détachement, l’examen est simplement l’occasion de rassembler ses connaissances et de les ordonner. De toute façon, les révisions profitent à tous, candidat ou non.

Se méfier des recherches de compensation par rapport aux échecs professionnels et/ou affectifs, on se retrouve en situation de faiblesse et, à moins d’avoir un volume d’entraînement très important, on sera dans l’incapacité de surmonter l’épreuve de l’examen. Bien se poser la question : qu’est-ce que m’apporte la pratique ? Quelle place tient le grade dans ma pratique ? Il est naturel pour l’estime de soi, la satisfaction personnelle de se fixer l’objectif d’un grade, il faut simplement en mesurer la difficulté.

En résumé, relisez bien ce qui est écrit ci-dessus, c’est dense !

    Ensuite, si l’on décide de présenter un examen en accord avec son professeur, c’est en toute
    connaissance de cause :

  • ce n’est pas pour de mauvaises raisons,
  • on se donne les moyens de le préparer correctement,
  • en sachant que le système d’évaluation est imparfait,
  • et donc le résultat aléatoire.

La force soit avec vous,

Le DTR,
Luc Mathevet